husainRubriqueAside_layout

Anthropologie médicale en Asie du sud
Des maladies aux médicaments

Janvier 2019

L'anthropologie médicale américaine «classique» constituée dans les années 1970, était explicitement culturaliste et constructionniste. Les maladies y étaient conçues comme des systèmes symboliques culturellement construits, associant les observations psychophysiologiques du médecin à l'expérience vécue du malade et aux situations sociales.

Cette approche culturaliste américaine, cependant, n'était pas appropriée aux études indiennes, parce qu'elle ignorait un élément essentiel pour comprendre la médecine traditionnelle en Asie du sud, à savoir son enracinement dans l'histoire naturelle et l'écologie locales, le climat tropical et le monde végétal.

Mais une rupture s'est produite en Inde au tournant des années 2000, dans l'approche du corps du patient et des médicaments, sous l'impact des nouvelles techniques de transplantation d'organes et de procréation médicalement assistée d'une part, et des nouvelles industries pharmaceutiques d'autre part. Sur ces deux plans, l'anthropologie médicale s'est trouvée confrontée à des réalités hybrides associant intimement des êtres vivants à des processus techniques. D'une part les biotechnologies produisent des corps hybrides (des cyborgs disent les américains); et d'autre part l'industrialisation de la pharmacie ayurvédique produit des médicaments dans lesquels la force vitale des simples du jardin et de la forêt se cache sous la biochimie.

Je laisse de côté la première de ces deux évolutions et je limite ma présentation de l'anthropologie médicale en Asie du sud à l'entrée des remèdes traditionnels indiens dans la mondialisation des industries pharmaceutiques.