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Anthropologie médicale en Asie du sud
Des maladies aux médicaments

Décembre 2018

L'anthropologie médicale américaine «classique» constituée dans les années 1970, était explicitement culturaliste et constructionniste. Les maladies (sicknesses) qui étaient l'objet d'étude des anthropologues américains de l'époque étaient «des réseaux culturellement construits liant les significations symboliques d'une part aux processus physiologiques et psychologiques et à l'expérience personnelle de la maladie, et d'autre part aux situations sociales, aux relations interpersonnelles et aux facteurs de stress», culturally constituted networks that link symbolic meanings to physiological and psychological processes and the personal experience of sickness, on the one side, and to social situations, relationships, and stressors on the other.*

* Arthur Kleinman, What Kind of Model for the Anthropology of Medical Systems?, American Anthropologist 80.3 (1978): 663.

Dans cette approche culturaliste, toujours florissante aujourd'hui, les sciences et les techniques proprement cliniques, chirurgicales ou pharmaceutiques sont ignorées, tandis que sont publiés, sur les questions de société relatives à la santé, des essais d'anthropologie souvent extrêmement brillants sur la souffrance sociale, la domination des stéréotypes masculins en biomédecine ou l'addiction aux médicaments psychotropes.

Cette approche culturaliste américaine, cependant, n'était pas du tout appropriée aux études indianistes, parce qu'elle ignorait totalement un élément essentiel pour comprendre la médecine traditionnelle en Asie du sud, à savoir son enracinement dans l'histoire naturelle et l'écologie locales, le climat tropical et le monde végétal.

Au tournant des années 2000, néanmoins, un autre paradigme, en anthropologie appliquée à la maladie et au corps du patient, s'est imposé, en rupture avec le culturalisme américain, sous l'influence de deux évolutions historiques massives: la mondialisation (globalization) des dons d'organes et des techniques de procréation médicalement assistée, et la mondialisation des industries pharmaceutiques appelant à une nouvelle anthropologie du médicament. Nous laisserons pour plus tard l'étude de la première de ces deux évolutions, pour nous concentrer cette année sur la seconde en étudiant l'entrée de la médecine et des remèdes traditionnels indiens dans la mondialisation des industries pharmaceutiques à travers l'émergence depuis les années 1980 de multinationales indiennes sur le marché «global» des soins médicaux.