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Deux lectures recommandées
[Ganapati:
Epics and narrative
> Rāmāyaṇa]

Madeleine Biardeau, Introduction et Jalons chronologiques, Le Rāmāyaṇa de Vālmīki, Edition publiée sous la direction de Madeleine Biardeau et de Marie-Claude Porcher, Paris, Gallimard (Bibl. de la Pléiade), 1999, pp.ix–lii.

Romila Thapar, The Ramayana Syndrome, Seminar, No.353, January 1989; repris dans Romila Thapar, The Past As Present. Forging Contemporary Identities Through History, New Delhi, Aleph Book Company, 2014.

Epopées globales, épopées locales
étudiées d'un point de vue ethno-historique

Nous voudrions contextualiser l'historiographie et les récupérations politiques des épopées: critique et usages des sources épigraphiques, archéologiques et géographiques aux fins de revenir sur les interprétations qu'en ont proposé différents courants des études indiennes (at home et extra muros) et ce qu'en fabrique l'actualité hindutva.

Les deux grandes épopées hindoues, le Rāmāyaṇa et le Mahābhārata, sont très différentes l'une de l'autre, tant dans leur mode de diffusion géopolitique que dans les formes de leur récitation à travers différents arts vivants mais l'une et l'autre ne vivent dans l'Inde contemporaine qu'en concurrence avec de nombreuses épopées locales ou régionales. Plus encore, le genre épique est en concurrence avec toutes sortes d'arts vivants racontant l'histoire de divers personnages originellement mis en scène dans les deux épopées sanskrites. Dans une perspective anthropologique, les contes, les légendes recueillies dans les Purāṇa, les épopées et le théâtre chanté dansé, y compris le théâtre de marionnettes, forment un ensemble culturel dans lequel une partie des principaux personnages sont récurrents depuis deux millénaires.

Stuart H. Blackburn, Peter J. Claus, Joyce B.Flueckiger and Susan S. Wadley, Eds., Oral Epics in India, Berkeley, University of California Press, 1989, p.2: “epic is narrative, it is poetic, and it is heroic.”

Trois caractéristiques définissent une épopée: elle raconte une histoire principale (le méta-récit) et tisse entre elles de multiples histoires secondaires (les épisodes); elle est versifiée et se présente comme un poème; les personnages principaux sont des héros et des héroïnes. On distingue souvent l'épopée du récit mythologique et du conte de fées, en disant de l'épopée qu'elle décrit des exploits héroïques et guerriers et met en scène des humains, tandis que le mythe et le conte de fées décrivent un monde magique et les faits et gestes de personnages célestes. Cette distinction ne vaut pas pour l'Inde où l'épopée, qu'elle soit globale ou locale, écrite ou orale, a pour thème central les relations entre les dieux et les humains. Mais plus encore, en Inde au moins, sinon partout ailleurs, les épopées sont des récits identitaires.

(Blackburn et al., p.5) In India something further is required to raise it to the status of epic. This special quality is the relationship epics have with the community in which they are performed, a relationship acknowledged by performers and audiences in many parts of India when they call an epic "our story." Epics stand apart from other "songs" and "stories" in the extent and intensity of a folklore community's identification with them; they help to shape a community's self-identity.

Qu'elle soit locale ou globale, cette force perlocutoire de l'épopée mérite toute l'attention des anthropologues. Sa force perlocutoire, c'est-à-dire l'effet structurant que son énonciation, l'épopée in performance, exerce sur la communauté, a des conséquences historiques et politiques que nous voudrions mettre en évidence.