panikerArticleMenu_layout

Agnisākṣi — 6
De ses lèvres frémissantes, un cri silencieux

Mercredi 11 mai 2011

A la dernière page d'Agnisākṣi, le fils de Thankam (Mrs. Nayar) se jette aux pieds de Devakî, abîmée dans l'extase. De ses lèvres frémissantes, un premier cri silencieux est prêt à s'échapper pour la rappeler au monde des vivants: «Mère, reviens!» Elle revient à elle, caresse les cheveux grisonnants et murmure: «Fils, mon fils!» Nouveau cri silencieux. La promesse que s'étaient faite jadis Thankam et Devakî de partager leurs enfants est ainsi accomplie. Cette scène est la formulation romanesque et narrative d'une philosophie de la vive voix d'autant plus précieuse qu'elle sera silencieuse.

At that moment when the limbs are paralysed into a state of no-movement and senses are numbed, crowds saw the man standing behind the old pilgrim come forward, in a surprising movement, and prostrate before the mother.

A ce moment (ī avasarattil)) où on [la foule des dévôts réunie autour de la Yoginî] était inactif (niṣkriya ⇾ niṣkriyamāyirikkunna) dans les organes sensori-moteurs (indriyaṅṅaḷ) [personne ne bougeait, les sens étaient engourdis], comme une surprise (oru vismayaṃ pōle), les gens virent (janaṅṅal kaṇṭu) — une personne respectable (mānyan), qui se tenait en retrait par humilité (otuṅṅininna ← otuṅṅuka shrink, withdraw showing humility) derrière (piṟakil) la pèlerine (tīrtthāṭakan Mrs. Nayar), soudainement (peṭṭennu) s'avança (munnōṭṭu vannu), aux pieds (kālkkal ⇾ pluriel de kāl) de la mère (ammayuṭe) et la salua (namaskarikkunnatu) en se prosternant (sāṣṭāṅgaṃ littér. with the 8 members of the body touching the ground).

He did not utter a word. But his eyes filled and there was a look of entreaty in his eyes as though crying out, 'Mother, come back, come back; come back, look. At last, I have come, I have come, look…'

ayāḷ onnuṃ paṟaññirunnilla. pakṣē kaṇṇukaḷ niṟaññu. 'ammē! tiriccuvarū! tiriccuvarū! tiriccuvarū!' ennu keñcupōle. 'avasānaṃ ñān itā vannirikkunnu. ñānitā vannu. ñānitā…' ennu nilaviḷikkuṃ pōle.

Il (ayāḷ) ne prononça pas (paṟaññirunnilla ⇾ paṟañña prononcé (adj.) < paṟayuka) même un seul [mot] (onnụ + uṃ). Mais ses yeux se remplirent (niṟaññu ⇾ niṟayuka). Comme (pōle) s'il implorait (keñcu ⇾ keñcuka beg, implore, supplicate) ainsi (ennu = guillemets): «Mère! (ammē!) reviens! reviens! reviens! (tiriccuvarū ⇾ tiriccuvarika)» Comme (pōle) s'il gémissait (nilaviḷikkuka cry aloud, wail, scream) en disant (ennu littér. ainsi = guillemets): «A la fin (avasānaṃ end, death, conclusion), vois (itā lo! here!), je suis venu. Vois, je suis venu. Vois, je suis…»

The Mother withdrew her eyes from the sky. Down before her, placing his head on her feet — her son. Yes, son, not her disciple, not her devotee. The real son. She hesitated for sometime. Then she placed her hands on his forehead. She ran her fingers through his greying, curly hair. Was she blessing? Or was she accepting him?

Mātāji ākāśattil ninnu nayanaṅṅaḷ pinvaliccu. tāḻe taṉṯe munil- pādaṅṅaḷil(t) talamuṭṭiccu. makan, atē, makan. śiṣyanalla, ārādhakanalla, sākṣāt makan. avar tellu saṃśayiccu. pinne ayāḷuṭe śirassil kkaivaccu. aṅṅiṅṅu naracca, curuṇṭa muṭiyil viralōṭiccu anugrahamō? svīkāramō?

From her quivering lips, the unuttered cry resounded. "Son, my son!"

avaruṭe vitumpunna cuṇṭukaḷil uccarikkātta ī viḷi muḻaṅṅi: "makanē!… eṉṯe makanē!…"

De ses lèvres prêtes à crier (vitumpunna ⇾ vitumpuka begin to cry, sob, boil over), ce cri (ī viḷi) non prononcé (uccarikkātta) gonfla comme une boursouflure (muḻaṅṅi ⇾ muḻaykkuka): …

uccaraṇaṃ utterance

uccarikkuka utter, prononce

uccarita uttered, prononced

uccarikkātta unuttered

le suffixe ātta est le marqueur du participe comme proposition relative à la forme négative (negative relative participle)

muḻaykkuka bulge out, swell as a tumour

The future generations must have heard this call. — "Mother!" — "Son!" — "Mother!" — "Son!" All the creatures — the living and the stationary — must have repeated this cry. It must have echoed against the limitless space. The breast milk oozing out of all the limbs of Nature. The end of penance. A new era was about to be born. Even the words of blessing became silent. "Peace be on you, peace, peace!"

varānirikkunna talamuṟakaḷ muḻuvan ī viḻi kēṭṭikkaṇaṃ.
"ammē!" "makanē!" "ammē!" "makanē!"
carācaṅṅaḷ [les cara et les acara, animaux et végétaux] muḻuvan ī viḻi eṯṯupāiyirikkaṇaṃ, anantatayōḷaṃ muḻaṅṅiyirikkaṇaṃ. prakṛtiyuṭe sarvvāṃgaṅṅaḷil ninnuṃ mulappāl ūṟi varapōle- tapassiṉṯe antyam- putiya yugaṃ piṟakkayāyi. svasti vācakam pōluṃ niśśabdaṃ. "svasti bhavatu! svasti!… svasti!…"

Toutes (muḻuvan) les générations (talamuṟa) à venir (varānirikkunna) doivent avoir entendu (kēṭṭa ⇾ keḷkkuka hear) cet (ī) appel (viḻi).

muḻaṅṅuka echo, reverberate

mula woman's breast ⇾ mula-ppāl breast milk

En conclusion il faudrait citer le commentaire que propose Krishna Chandra Bhattacharyya (Studies in Vedanta [1909], §112) d'un passage de la Brhad Aranyaka Upanisad (1.5.3) qui nous réfère à la force illocutoire et l'iconicité de «l'énoncé, ce qui est prononcé, le morceau de voix [donné à écouter], la parole-objet [pour un destinataire]», en sanskrit vākya. Cette voix, ici silencieuse, n'en est que plus puissante.