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"Birth is the metaphor"
La parenté, la naissance et la terre
Marshall Sahlins,
What Kinship Is—And Is Not
(Chicago, 2013)

Jeudi 3 avril 2014

Leela Dube (1986) évoque à propos des Gonds du Madhya Pradesh la métaphore en réalité pan-indienne de l'homme plantant la graine dans cette terre nourricière qu'est le ventre féminin. Cette métaphore, comme le rappelle Marshall Sahlins (2013: 3) citant Tylor (1878: 299), était formulée dans les Lois de Manu IX, 33:

kṣetrabhūtā smṛtā nārī bījabhūtaḥ smṛtaḥ pumān /

kṣetrabījasamāyogāt saṃbhavaḥ sarvadehinām //

«La femme est le champ selon la tradition, l'homme est la graine selon la tradition.
Chez tous les êtres incarnés la naissance résulte de l'union du champ et de la graine.»

Comme le montre Marshall Sahlins, nombre d'anthropologues qui sont d'incorrigibles constructivistes — et en particulier les indianistes de l'école Substance and Code — inversent le sens originel de la métaphore dans le discours indigène des sociétés qu'ils étudient. Ces anthropologues font de la parenté une métaphore du lien biologique entre les vivants. Ils voient les choses à l'envers, il faut les remettre à l'endroit. C'est la procréation décrite comme une activité agricole qui est une métaphore de la parenté (Sahlins 2013: 73): "One might well reverse the received wisdom on the primacy of birth relations, for insofar as these are secondary formations, derivative of the schemes of social order, birth is the metaphor."

Les théories biologiques indigènes (l'embryologie, la cosmologie, le thème de la pluralité des mondes vécus à travers le saṃsāra, etc.) sont d'emblée dans leur principe des théories sociales. Le lien naturel entre les vivants est dans son principe un lien social. C'est ainsi que la naissance est une métaphore de la parenté, et que la roue des réincarnations est une métaphore des liens multi-dimensionnels entre les vivants.