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La Maison nayar et les sociétés à maisons

Jeudi 26 mai 2016

Nos précédents séminaires nous ont appris trois choses sur les sociétés à maisons, trois configurations caractéristiques, qui toutes les trois sont parfaitement incarnées dans le Taravad nayar.

1 / Un «jeu de rivalités entre des stratégies individuelles ou collectives»

(Lévi-Strauss, entrée Maison, 1991)

«La maison est 1) une personne morale, 2) détentrice d'un domaine 3) composé à la fois de biens matériels et immatériels, et qui 1) se perpétue par la transmission de son nom, de sa fortune et de ses titres en ligne réelle ou fictive, 5) tenue pour légitime à la condition que cette continuité puisse se traduire dans le langage de la parenté ou de l'alliance, ou 6) le plus souvent les deux ensemble. Au lieu d'une opposition entre la résidence et la filiation, émerge… selon la terminologie médiévale une dialectique des «noms de race» et des «noms de terre» avec la disparition progressive des premiers au bénéfice des seconds. Au lieu qu'elles caractérisent les pratiques matrimoniales d'une société, l'hypergamie et l'hypogamie deviennent des tactiques utilisées simultanément ou en alternance…»

(Voix des masques, 1979)

«Sur tous les plans de la réalité sociale, depuis la famille jusqu'à l'État, la maison est donc une création institutionnelle permettant de composer des forces qui, partout ailleurs, semblent ne pouvoir s'appliquer qu'à l'exclusion l'une de l'autre en raison de leurs orientations contradictoires. Descendance patrilinéaire et descendance matrilinéaire, filiation et résidence, hypergamie et hypogamie…»

Dans Naalukettu: Malu (fillette de 12 ans) vit chez son père (Achan) dans le Taravad de son père, etc.

2 / L'intérêt d'une approche processuelle: le confinement ou l'air et la lumière?

Susan Gillepsie, dans les premières lignes de Beyond Kinship (2000), actualisait la problématique des sociétés à maisons en montrant comment elle pouvait désormais s'accorder aux approches processuelles de la parenté. La Maison est alors définie comme un groupe social travaillant à se perpétuer et qui est matériellement représenté par un édifice et les objets qui vont avec, des meubles, un patrimoine soigneusement conservé et des sépultures, le tout situé en un lieu soigneusement assigné et dessiné dans le paysage.

Résumé en une formule malayalie à la dernière page de Naalukettu. Appunni (25 ans?) ramène sa mère dans le naalukettu délabré et insalubre de son Taravad, la Maison Vadakkeppat, qu'il vient de racheter.

pakaluṃ itinakattụ iruṭṭāṇụ. iviṭe kāraṇōmmāruṭe prētaṅṅaḷuṇṇāvuṃ pakalum.

«Il fait sombre (iruṭṭụ) même en plein jour (pakalum). Les fantômes (prētaṅṅal) de tous nos ancêtres (kāraṇan = kāraṇavan) doivent être ici même en plein jour.

Il va faire raser le naalukettu (mutation sociale et architecturale qui démarre à la fin des années 1930):

iviṭe kāṟṟuṃ veḷiccavuṃ kaṭakkunna oru ceṟiya vīṭu mati.

«Nous n'avons besoin ici que d'une petite maison qui laissera entrer l'air (kāṟṟụ) et la lumière (veḷiccam).»

3 / L'idéologie patri- ou matrilinéaire est contredite dans les faits

Cf. McKinnon: L'idéologie patrilinéaire est contredite dans les faits par l'esclavage de l'homme en résidence uxorilocale et l'affiliation matrilatérale potentielle de ses enfants.

Dans Naalukettu:

  • le Karanavan (Valia Ammaaman = Frère aîné de la mère) ruine son Taravad au profit de celui de son épouse et de sa fille Ammini Edathi,
  • le point de départ de l'intrigue est l'enlèvement de Parukutty par Kondunni Nair [p.33], la mort sociale de Parukutty et le couple fondant une famille nucléaire, etc.