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«Que j'aie dû foisonner beaucoup…»

Que j'aie dû foisonner beaucoup et me retourner en tous sens, projetant ainsi des ombres bigarrées sur ta splendeur — telle est ta maya.

Tu poses une barrière à même ton propre être et, en myriades d'accents, disjoints de toi, tu réponds à ton propre appel. C'est ainsi qu'en moi ta départition a pris corps.

Ton chant poignant se reflète à travers les cieux en larmes irisées et en sourires, en frayeurs et en espérances; des vagues se dressent et s'écroulent, des songes se déchirent et se reforment. En moi tu te mets toi-même en déroute.

Cet écran que tu as dressé est diapré d'innombrables images qu'y peignent le jour et la nuit; derrière quoi ton siège est tissu d'un prodigieux mystère de courbes, toute brutale ligne droite exclue.

Cette grande parade de toi et de moi se déploie à travers le ciel. De l'accord de toi et de moi tout l'air vibre et la partie de cache-cache engagée entre toi et moi se poursuit à travers les âges.

Rabindranath Tagore, L'Offrande lyrique, 71
Traduction André Gide

Une lecture de M. Michel Coste au séminaire du 20 février 2007