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Des crores de crores de crores de mondes vécus
Yogavāsiṣṭha, VI-2, chapitre 143, 44-46

Jeudi 20 février 2014

Dans le contexte d'une description de ce qu'il advient à l'ātman après la mort: une pérégrination dans l'éther ou un voyage à travers l'espace. Cette doctrine de l'identité de l'âme et de l'éther est à comparer avec la doctrine pythagoricienne de l'immortalité stellaire en Grèce.

Pierre-Maxime Schuhl, Essai sur la formation de la pensée grecque, Paris, PUF, (1934) 1949, p.264: «On voit s'y opposer l'éther enflammé des régions supérieures, pur et animé d'un mouvement éternel, qui ne contient que des êtres immortels, et l'air impur qui entoure la terre…» 265: «L'âme est une émanation chaude de l'éther; après la mort, les âmes pures s'élèvent vers les régions suprêmes, les réprouvés flottent dans l'air ambiant, qui est plein d'âmes, en attendant le moment de la réincarnation…» Epitaphe des Athéniens morts à la bataille de Potidée (432): «Leurs âmes ont été recueillies par l'éther céleste, leurs corps par la terre».

L'éther qui est l'ātman même, nous ne pouvons le concevoir (l'imaginer, le visualiser) que sous la forme de l'air ambiant, de l'espace, du vide. Dans cette perspective, la pérégination de l'âme des morts dans l'éther nous permet de penser, imaginer, visualiser la pluralité infinie des mondes vécus.

khātmā kham eva tatraiva svapnābhaṃ dṛśyam āharam /

punaḥ svamaraṇaṃ vetti punarjanma punarjagat // 44

Le soi-éther (kha_ātman) [désincarné et voyageant dans l'espace après la mort] est éther précisément, et là (tatra_eva), appréhendant (āhara < ā-HṚ-) un monde visible (dṛśyam) semblable à (°ābha < ābhā, fém. splendeur, apparence) un rêve (svapna), il connaît encore et encore sa mort puis encore une renaissance dans encore un autre monde.

alīkajālam evaṃ khe paśyan pratyekam āsthitaḥ /

paśyaty ācārayati atti kiṃcit kaścin na kasyacit // 45

Installé (āsthitaḥ) dans l'éther (khe) et voyant (paśyan) dans l'éther un individu (pratyekam) qui est une illusion trompeuse (alīkajālam), quelqu'un (kaścit) voit, fait bouger (ācārayati), mange (atti) quelque chose (kiṃcit) qui ne correspond à rien (na kasyacit).

ityevaṃ jagatāṃ santi koṭīnāṃ koṭikoṭayaḥ /

parijñātās tu tā brahma kevalaṃ dṛśyam anyathā // 46

De cette façon (ity evam), il y a des crores de crores de crores de mondes (koṭīnāṃ koṭikoṭayaḥ). Mais quand ils sont complètement compris (parijñātās tu), il en est autrement (anyathā): ils sont le brahman (brahma, nom. neutre) à voir (dṛśyam) dans son unicité (kevalam).

1 crore = 10.000.000
Nous dirions en français: «Des myriades de myriades de myriades de mondes.»