benodeArticleMenu_layout

Ermitage dans la forêt

Michel Hulin,
Dharma des renonçants et renoncement au Dharma,
in Serge Bouez, ed., Ascèse et renoncement en Inde,
Paris, L'Harmattan, 1993, p. 33

«Une première opposition — fondamentale et génératrice de toutes les autres — concerne le mode d'habitation. Le samnyâsin est défini avant tout comme parivrâjaka, ascète gyrovague, errant. Il va de village en village ou d'un lieu saint (tîrtha) à un autre. Au cours de ses pérégrinations il se borne à traverser la forêt, y faisant à l'occasion étape pour la nuit. Il n'a pas vocation à s'y installer à demeure. Le vânaprastha, au contraire, y a élu domicile. Il se présente comme un sédentaire qui ne s'éloigne guère d'un point de résidence fixe ou de son voisinage immédiat.»

Nourriture cueillie dans la forêt,
ou mendiée sur la route

Ch. Malamoud, Village et forêt…, Cuire le monde, p.103

«L'opposition grhastha/samnyâsin s'ajuste à l'opposition village/forêt. Le renonçant vit de manière forestière, et, dans son comportement, les traits qui relèvent de ce qui est en deçà du dharma se combinent à ceux que commande son ambition d'aller au-delà du dharma. Se dépouiller de toutes les déterminations, c'est d'abord se dépouiller des rites: plus le renonçant est avancé dans la voie où il s'est engagé… moins il exécute de rites. Il évite la répétition inhérente aux rites pour se fondre dans l'indistinction du désert.» (Note) «C'est une caractéristique de l'ethos du renonçant que de ne pas contracter d'habitudes, de ne pas prendre garde aux différences dans ce qu'il absorbe, et de ne pas faire de réserves. Ne pas avoir de provisions semble aller de pair avec le fait de ne pas avoir de projets et le désir de ne pas accumuler de karman.»

Le système des âsrama (stades de la vie) et le vânaprastha (ermite)

La Sakuntalâ de Kâlidâsa (4e s. de notre ère): l'âshram (ermitage). Malamoud, pp.109–110

«Nous apprenons que le vânaprastha s'installe dans la forêt, mais en emportant ses feux et qu'il peut, et doit donc, sacrifier, mais le sacrifice est dissocié du travail, puisqu'il s'interdit d'absorber aussi bien que d'offrir toute nourriture cultivée : son aliment de prédilection, et sa matière oblatoire préférée, est le nîvâra, qui est du riz, mais sauvage. La vie sociale s'organise, mais n'entraîne aucune altération de la nature. L'ermitage est un dharmâranya… solitude où règne le dharma…

Dans l'ermitage de Sakuntalâ, ce qui frappe le visiteur, ce sont d'abord les grains de riz sauvage posés au pied des arbres… /110/ L'ermite vit à l'écart du village, dans ce lieu non social qu'est la forêt, mais c'est, le plus souvent, pour y constituer avec d'autres ermites, ou couples d'ermites, une société pacifique et pure, homogène, sans véritable division du travail, et même, pourrait-on dire, sans distinction entre des êtres qui détiendraient le pouvoir et d'autres qui le subiraient: tout au plus devons-nous constater que ces «âshram», dans l'image idéale que nous en donnent la poésie et le théâtre, sont groupés autour d'un maître spirituel particulièrement vénéré, un rsi, un de ces «voyants» inspirés qui ont reçu la révélation du texte du Veda et l'ont transmise aux hommes… Les ermites ont une manière douce de s'insérer dans la nature sauvage et de faire alliance avec elle, sans pour autant renoncer à leur être social. Contradiction surmontée: ils s'adonnent aux rites, célèbrent des sacrifices, et cependant parviennent à ne pas violenter la nature en déchirant la terre par leurs labours. La forêt leur offre d'elle-même ce qui est nécessaire à leur subsistance.»