benodeArticleMenu_layout

La Vākyavṛtti de Śaṅkara
Explication des [grandes] formules

Histoire de renonçant racontée par Thakazhi dans Kayar. Paramu Asan, quand il prend la route, emporte dans son baluchon le manuscrit de la Vākyavṛtti de Śaṅkara. Expliquer pourquoi, c'est déjà commenter Śaṅkara à la lumière d'une expérience vécue de la pluralité des mondes. Le cheminement du disciple dans son dialogue avec le maître dans la Vākyavṛtti est placé en abyme dans le récit du cheminement de Paramu Asan en quête de soi sur la route de Kāśī. Lorsque le voyageur, au pied d'un arbre ou sous le mandapam à l'entrée d'un temple, sort de son baluchon la Vākyavṛtti et en psalmodie quelques vers, il est ce disciple à l'écoute du guru qui parle dans ce texte, discours rapporté et réactivé par la lecture à voix basse.

Ouverture du dialogue
Vākyavṛtti 1–14

1

La cause de la création, maintenance et dissolution [des mondes], celui dont l'énergie (śakti) est inscrutable, le seigneur de l'univers (viśva), celui duquel l'univers est entièrement connu (vidita-viśvam), celui qui possède une infinité de formes (ananta-mūrtim),

celui qui est parfaitement libre de tout asservissement, océan de bonheur (sukha) illimité (apāra), le bien-aimé de Śrī [l'épouse de Viṣṇu], celui qui est densément rempli (°ghanam) de pensée (bodha) sans tache (vimala), — je [le] salue (namāmi).

2

Eternellement (nityam) je reste (asmi) prosterné (praṇataḥ < pra-ṆAM-) aux pieds de lotus (aṅghri-padmam) de celui (tasya) [mon maître, mon guru] par la grâce (prasādāt) duquel (yasya) je connais (vijānāmi) pour toujours (sadā) la nature du Soi (ātma-rūpam) et qu'ainsi (ittham) —

moi-même (aham eva) [je suis] Viṣṇu et sur moi-même (mayi_eva … ca) toutes choses (sarvam) [la pluralité des mondes, les réalités multiples] sont surimposées (parikalpitam).

3

Brûlé (santāptaḥ) par les rayons (arka) des trois douleurs (tāpa-traya), quelqu'un (kaścid), l'esprit (mānasa) affligé (udvigna < ud-VIJ-), doté (yuktaḥ) des moyens de réalisation (°sādhanair [instrumental] < SĀDH-) de la paix etc. (śama_ādi), demande (paripṛcchati) à un véritable maître (sad-gurum):

4

«Dis (vada) pour moi (me) en abrégé (saṃkṣipya, absolutif < saṃ-KṢIP-), ô Bhagavan, seulement par compassion (kṛpā), ce (tan) par quoi (yena) je pourrais me libérer (mucyeyam < MUC-) sans effort (an-yāsena) de cet (asmāt) asservissement qu'est la vie (bhava-bandhanāt).»

5

Le maître dit (gurur uvāca):

«Excellente (sādhvī) chez toi (te) brille (pratibhāti < prati-BHĀ) la perspicacité de la parole (vacana-vyaktiḥ). Je vais te dire (vadāmi te),

c'est ce qui suit (idaṃ tad iti), très clairement (vispaṣṭam), écoute (śṛṇu) avec un esprit (manas > sa_avadhāna-manāḥ, nominatif) plein (sa-) d'attention (avadhāna): —

6

«Le savoir (jñānam) né (uttham < ut-THĀ-) des formules dont la première est Tat tvam asi (tu es cela, tattvamasy-ādivākyam), qui (yad) [est] relatif à (°viṣaya) l'identité (tādātmya) des deux (duel) [soi que sont] le Jīva (soi incarné) et le Paramātman (soi absolu),

C'est cela (tad idam) les moyens (sādhana) de la libération (mukti).»

7

Le disciple demanda (śiṣya uvāca):

«Qui (kaḥ) est le Jīva et (ca) qui est le Para Ātman (parañ ca_ātmā)? Et (vā) comment (katham) y a-t-il identité (tādātmya) des deux (tayoḥ)?

Et comment (vā katham) des formules dont la première est Tat tvam asi (tu es cela, tattvamasy-ādivākyam) peuvent démontrer (pratipādayet) cela (tat)?»

8

Le maître répondit:

«A ce sujet (atra) nous disons (BRŪ- > brūmaḥ, 1e pers. pluriel) la justification (samādhānam). Qui d'autre (ko'nyaḥ) que toi (tvam) précisément (eva), en effet (hi), est le Jīva?

Toi qui (yas tvam) me (mām) demandes (pṛcchasi): "Qui suis-je (ko'ham)?" Tu es (asi) précisément (eva) [le] Brahman. Il n'ya aucun doute (na saṃśayaḥ).»

9

Le disciple dit:

«Je ne connais (jānāmi na) même (eva) pas clairement (sphuṭam) le sens des mots (padārtham), Bhagavan.

Comment (katham) obtiendrais-je (pratipadye, 1e pers. sg. présent moyen < prati-PAD-) le sens de la phrase (vākyārtham) "Je (aham) [suis le] Brahman"? Dis (vada, 2e pers. sg. impératif)!»

10

Le maître dit:

«Votre honneur (bhavān) dit (āha < AH-) vrai (satyam). A ce sujet (atra) on n'enseigne (vidyate) vraiment aucune (naiva) divergence de vues (vigāna, nt.).

La compréhension (bodhaḥ) du sens des mots (padārtha), en effet (hi), est la cause (hetuḥ) de l'obtention (avagati, au génitif) du sens de la phrase (vākhyārtham), ici (iha).»

11

«Témoin (sākṣi) de l'organe interne (antaḥkaraṇa) et de ses modifications (tad-vṛtti) et forme individuelle (vigrahaḥ) de la pensée (caitanya, nt. < cetanā),

[Toi] qui es (san < sat) fait de félicité (ānanda-rūpa), fait de vérité (satyaḥ), pourquoi (kim) ne te retrouves-tu pas (na prapadyase) toi-même (ātmānam)?»

12

«Concentre ta pensée sur (cintaya, 2e pers. impératif < CINT-) la vérité et la félicité incarnées (satya_ānanda-rūpam), le témoin (sākṣiṇam) de la pensée (dhī), la forme individuelle (vigraham) de la compréhension (bodha), en tant qu'ils sont toi-même (ātmatayā, instrumental prédicatif Renou 293 < ātma-tā, l'ātman-ité),

Après avoir rejeté (tyaktvā) pour toujours (nityam) les pensées (dhiyam, accusatif sg.< dhī, fém.) engluées dans (°gām) le corps (deha) et autres [choses sensibles] (ādi).»

13

«Parce qu'il (yataḥ) est fait de [choses sensibles] telles que la couleur et la forme (rūpādimān), comme un pot et autres objets (ghaṭa_ādi-vat), le corps (piṇḍaḥ) n'est pas le soi (na_ātmā),

[Un corps, une jarre par exemple, n'est pas ātman puisqu'il possède des couleurs, etc.]

Et (ca) parce que (°tvāt) c'est une modification (vikāra) des éléments naturels (mahābhūta) tels que l'éther (viyad-ādi), comme [l'est] une cruche.»

14

[Le disciple répondit:]

«Si (yadi) le corps (piṇḍaḥ) n'est pas le soi (an_ātmā), ce [corps] (ayam) [ainsi] accepté (mataḥ) [par moi] à cause de la force (balāt) des raisons (hetu) que tu as dites (ukta),

Fais-moi obtenir [la connaissance de] (pratipādaya, 2e pers. impératif du causatif < prati-PADayati) moi-même (ātmānam, accusatif), directement (sākṣāt), comme (vat) un myrobolan (āmalaka) dans [la paume de] la main (kara).»

[Conclusion de la première partie du dialogue]

Puisque, sur la force des arguments que tu viens de donner (ukta-hetu-balāt), on doit convenir qu'un corps n'est pas ātman, veuille faire voir (pratipādaya) l'ātman directement (sākṣāt), comme un myrobolan dans la main (kara_āmalaka-vat).

sākṣāt = littér. "[voir] avec ses propres yeux" = evidently; directly; in person; actually; immediately.