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Les forces de la Nature et les facultés sensibles

Les odeurs de la Terre; l'odorat enveloppe tous les autres sens. La Mâyâ est associée à la Terre dans un foisonnement de toutes les choses sensibles. Polarité entre l'Odorat et l'Ouïe, tandis que la Vue est en position médiane (tableau dessiné par Arion Rosu dans sa thèse, p.155):

Rosu

L'analyse ayurvédique des mécanismes psychiques permet de définir dans toutes ses dimensions le concept d'âsraya (mot qui lui-même n'est pas d'usage courant dans l'Ayurveda). Le tableau ci-dessous (Rosu, p.198) recense les cinq dimensions de l'organisme psycho-physique qui sert de point d'appui à la vie, à la maladie, à l'action et à la connaissance:

Rosu

Arion Rosu, Les conceptions psychologiques dans les textes médicaux indiens, Paris: Publications de l'Institut de Civilisation Indienne, n°43, diffusion E. de Boccard, 1978.

Dans la cosmologie hindoue les odeurs de la terre imprègnent tous les corps animés ou inanimés. La terre (parmi les substances) et l'ouïe (parmi les organes des sens) sont les plus enveloppantes ou les plus prégnantes.

Caraka, Sârîrasthâna I, 27–30; Généalogie des médecines douces, 155–156

27

mahābhūtāni khaṃ vāyur agnir āpaḥ kṣitis tathā /
śabdaḥ sparśaś ca rūpaṃ ca raso gandhaś ca tadguṇāḥ //

Il y a cinq corps grossiers: éther, vent,
feu, eau, terre (ksiti).
Ils correspondent à cinq qualités: son, toucher,
vue (rûpa), saveur, odeur.

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teṣāṃ ekaguṇaḥ pūrvo guṇavṛddhiḥ pare pare /
pūrvaṃ pūrvaguṇaś caiva kramaśo guṇeṣu smṛtaḥ //

Le premier corps grossier n'a qu'une qualité,
les suivants possèdent à chaque fois une qualité de plus que le précédent.
Chaque corps et chaque qualité précédemment mentionnés
s'incorporent au corps suivant dans l'ordre d'énumération.

29

kharadravacaloṣṇatvaṃ bhūjalānilatejasām /
ākāśasyāpratīghāto dṛṣṭaṃ liṅgaṃ yathākramam //

Rugosité, fluidité, mobilité, chaleur
sont les caractères sensoriels respectifs
de la terre (bhû), de l'eau, du vent, du feu,
et pour l'éther, l'absence d'obstacle [le vide].

Sous l'angle de la physiologie, le toucher est le plus enveloppant ou le plus prégnant. Le décalage observable dans le tableau ci-dessus entre l'ouïe et le toucher correspond à la différence de point de vue entre la cosmologie (où la Terre est en position dominante) et la physiologie (dans laquelle l'Eau prédomine):

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lakṣaṇaṃ sarvam evaitat sparśanendriyagocaram /
sparśanendriyavijñeyaḥ sparśo hi saviparyayaḥ //

Mais ces caractères entrent tous sans exception
dans le champ sensoriel de l'organe du toucher,
parce que l'organe du toucher peut faire connaître
une présence qu'on touche mais aussi son contraire.

Rosu, p.129, thème de la subjectivité intrinsèque du monde: «Le monde différencié ne peut pas exister sans le sujet percevant (purusa).» Sans sujet percevant le monde, il n'y aurait ni Terre ni Corps, bref le drame de la vie n'aurait aucun «point d'application», aucun «support», aucun «lieu» — tous ces mots pouvant traduire le sanskrit âsraya.

Rosu, p. 147, la doctrine du Corps vivant composé de six éléments: les cinq éléments terre-eau-feu-vent-éther plus la pensée, cetanâ-dhâtu. Un peu plus loin sur la même page, la tripartitition du corps humain en corps-esprit-âme (sarira-sattva-âtman) est une variante de la tripartition classique en corps-parole-pensée (kâya-vâc-manas). C'est la formulation d'une subjectivité intrinsèque du corps humain.