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indriya, āśraya et adhiṣṭhāna
Le corps vivant comme point d'appui

Le corps vivant est conçu par les philosophes et les théologiens du Vedānta comme des āśraya, littéralement des «points d'appui», un support indispensable à l'action de l'esprit dans le monde. L'action ne peut s'exercer sans médiation, ni l'agent se passer d'instruments organiques. Le corps, défini comme āśraya, «composé psycho-physique», est à la fois le lieu d'implantation des facultés sensibles (indriya) et le point d'appui de l'action (karman) et de la connaissance (vijñāna).

Arion Rosu, Les conceptions psychologiques dans les textes médicaux indiens, Paris: Publications de l'Institut de Civilisation Indienne, n° 43, diffusion E. de Boccard, 1978, p. 198:

indriya = les cinq facultés sensori-motrices (vue, ouïe, odorat, goût, toucher)

āśraya = les cinq éléments de la nature (feu, vide, terre, eau, vent)

adhiṣṭhāna = les cinq organes par lesquels s'exercent les facultés sensori-motrices (yeux, oreilles, nez, langue, peau)

La notion d'āśraya déborde les limites du corps individuel; c'est la nature entière comme prolongement de l'organisme corporel et point d'application de la rétribution des actes; c'est la nature naturée qui contient à la fois des êtres inanimés et des êtres vivants, point d'application d'une nature naturante qui seule peut donner la vie comme modalité supérieure de l'existence.

Olivier Lacombe, L'absolu selon le Vedānta, Paris, Geuthner, 1966, p. 147

(147) «Il ne suffit pas qu'en vertu du parallélisme de la subjectivité à la causalité substantielle l'esprit fini retrouve en l'être absolu son fondement et sa substance ultimes parce que dans l'absolu Etre et Esprit sont rigoureusement identiques, il faut encore que dans l'ordre relatif lui-même l'être déspiritualisé exerce à l'égard de l'esprit sa fonction substantielle d'une manière secondaire et adjuvante. C'est à cette exigence que répond la notion de corps vivant: le corps est conçu par le Vedānta comme un āśraya, comme un point d'appui, une base indispensable à l'action de l'esprit dans le monde: la notion d'organe doit se compléter par celle d'āśraya, laquelle déborde même les limites du corps individuel et dénote sous un certain aspect la nature entière en tant que prolongement de l'organisme corporel et que référée elle aussi au service de l'esprit.»