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L'essart et la rizière de l'Inde aux Philippines

Le sec et l'humide, la forêt et la plaine irriguée:
une polarité fondamentale en Asie du sud et du sud-est

5 décembre 2006 Les Angles de l'Asie

Essartage Défrichement d'un terrain boisé par arrachage ou par brûlage en vue d'une mise en culture.

bouchery_riziere_ ecosysteme_ specialise.pdf

Pascal Bouchery, La rizière, «écosystème spécialisé»? Un cas dans le sud-ouest chinois, Etudes rurales, juillet-décembre 1999, n°151–152, pp.133–165.

(133) «Dans une étude devenue classique, Clifford Geertz [1963], à propos de l'Indonésie, a opposé avec force les «écosystèmes généralisés» des champs de riz essartés aux «écosystèmes spécialisés» de la terrasse irriguée à Java, Bali et dans l'ouest de l'île de Lombok. L'expression «écosystème généralisé» était alors entendue par l'auteur au sens que lui donnent communément les biologistes, à savoir un écosystème caractérisé à la fois par un grand nombre d'espèces et peu de représentants de chacune d'elles; un «écosystème spécialisé» en revanche, se distingue par un petit nombre d'espèces présentes chacune en quantités importantes. Pour C. Geertz, seul l'essartage préserverait l'écosystème naturel par le biais de la diversité culturale, le recyclage rapide des nutriments et la reconstitution partielle sur les essarts d'une forme de canopée protectrice des plantes; à l'inverse la riziculture irriguée, et notamment la riziculture en terrasses, est présentée comme un «modèle exemplaire de spécialisation artificiellement créée» [Op. cit., 17]. On retrouve un point de vue similaire chez J. Barrau lorsqu'il met face à face «l'écosystème généralisé» de la forêt et «l'écosystème spécialisé» de la rizière [1974: 28], ou chez J. Boulbet, familier des espaces forestiers indochinois, pour qui, «alors que la rizière n'est qu'une étendue monotone de paddy, sur le lopin essarté les cultures se diversifient et se mêlent» [1975: 5].

Tous ces auteurs… admettent ainsi que la riziculture irriguée représente, par rapport à l'essartage, une forme de spécialisation culturale. Cette opinion est exprimée de la façon la plus explicite par C. Geertz qui va jusqu'à employer le terme de «monoculture» (monocrop) dans le cas des rizicultures terrassées javanaise et balinaise: «On the one hand a multicrop, highly diverse regime, a cycling of nutrients between living forms, a closed-cover architecture, and a delicate equilibrium; on the other, an open-field, monocrop, highly specialized regime, a heavy dependency on water-born minerals for nutrition, a reliance on man-made waterworks, and a stable equilibrium.» [Op. cit.: 36-37].

Etroitement liée au thème de la spécialisation culturale, l'idée selon laquelle la culture inondéenne du riz consacrerait la rupture définitive avec d'anciennes pratiques de chasse et de cueillette.»

L'essart et la rizière inondée en diptyque à Banten (Indonésie)

Source: Eric Bourderie, «Urang Banten Kidul (gens de Banten Sud):
Entre autorité coutumière et souveraineté nationale en Indonésie»,
Moussons, vol. 8, 2005, pp. 89-116, photos des pages 96-97.

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