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Lien politique entre les vivants

Walter C. Neale, "Land is to rule,"
dans Robert Eric Frykenberg, Ed.,
Land Control and Social Structure in Indian History,
Madison, University of Wisconsin Press, 1969, pp.3–15

(6) In the European tradition there are at least three distinct social meanings /7/ of land: there is land as an area to be farmed or owned; there is land as the sum total of natural resources, which is the economists' view of land; and there is land as the area over which a political sovereign wields power, as in the word "fatherland." Generally the context makes the meaning clear and we, who know what we are talking about, are rarely confused. But to divide up topography to prohibit the entry of others, to exploit nature to produce useful things, and to delimit the outer reaches [les limites jusqu'où s'étend, la portée] to which the king's writ runs—these are not the only ways to perceive the place and function of the surface of the earth in man's social behavior. I submit that the differentiation between land-to-own and land-to-rule may be peculiar to those who take both their natural and legal ideas from the Greco-Roman tradition. Further, it seems likely that over much of the earth's surface the idea of land-to-rule includes the idea of land-to-own.

I often suspect that land-to-rule is an idea anterior to and more all-embracing than land-to-own — in fact, that land-to-own was a late differentiation of a more general concept of land-to-rule, a differentiation that occurred in the history of Roman-European law as it developed the idea of citizen as distinct from the idea of a person as a member of a group which in turn was a member of a larger grouping of groups. This view seems to be implied by the whole tenor of Sir Henry Maine's argument in Ancient Law (1861). If I am right in so interpreting his argument, then I am willing to go along with Maine's parallelism between Rome and India, as spelled out in Village Communities in the East and West (1876), restating it thus.

Land to the early Romans was one of a number of items which made up the family or clan under the authority of the pater familias. The family was a sovereignty — later a subsovereignty — defined in sociopolitical terms; that is, interactions of its members with members of other families occurred through the agency of the pater familias, these interactions frequently involving decisions to use or augment power. Our idea of land as territory-to-rule is derived from this aspect of early Roman law and became explicitly political as the state superseded the pater familias.

Land in pre-British Indian society was one of the aspects of rulership, whether viewed in the person of a raja, in the body corporate [la personne morale] of a bhaichara (brotherhood) village [une commune villageoise, village community au sens technique du mot en anthropologie historique de l'Inde depuis Maine], or in the person of the zamindar [landlord, chargé de lever l'impôt sur les tenures foncières], the closest approximation to the pater familias. Thus the Indian view of land was also political, if we may call a view political when it embraces more than does our concept of politics.

Avant l'invention d'un marché de l'immobilier

Karl Polanyi
La Grande Transformation.
Aux origines politiques et économiques de notre temps
,
Paris, Gallimard, 1983

(238) «Ce que nous appelons la terre est un élément de la nature qui est inextricablement entrelacé avec les institutions de l'homme. La plus étrange de toutes les entreprises de nos ancêtres a peut-être été de l'isoler et d'en former un marché.

Traditionnellement la main d'œuvre et la terre ne sont pas séparées; la main d'œuvre fait partie de la vie, la terre demeure une partie de la nature, la vie et la nature forment un tout qui s'articule. La terre est ainsi liée aux organisations fondées sur la famille, le voisinage, le métier et la croyance — avec la tribu et le temple, le village, la guilde et l'église…

La fonction économique n'est que l'une des nombreuses fonctions vitales de la terre. Celle-ci donne sa stabilité à la vie de l'homme; elle est le lieu qu'il habite; elle est une condition de sa sécurité matérielle; elle est le paysage et les saisons. Nous pourrions aussi bien imaginer l'homme venant au monde sans bras ni jambes que menant sa vie sans terre. Et pourtant, séparer la terre de l'homme et organiser la société de manière à satisfaire les exigences d'un marché de l'immobilier, cela a été une partie vitale de la conception utopique d'une économie de marché.»

(220) «Séparer le travail des autres activités de la vie et le soumettre aux lois du marché, c'était anéantir toutes les formes organiques de l'existence et les remplacer par un type d'organisation différent, atomisé et individuel.

Ce plan de destruction a été fort bien servi par l'application du principe de la liberté de contrat. Il revenait à dire en pratique que les organisations non contractuelles fondées sur la parenté, le voisinage, le métier, la religion, devaient être liquidées, puisqu'elles exigeaient l'allégeance de l'individu et limitaient ainsi sa liberté. Présenter ce principe comme un principe de non-ingérence, ainsi que les tenants de l'économie libérale avaient coutume de le faire, c'est exprimer purement et simplement un préjugé enraciné en faveur d'un type déterminé d'ingérence, à savoir, celle qui détruit les relations non contractuelles entre individus et les empêche de se reformer spontanément.»


La mutation de nos rapports à la terre, qui nous fit sortir de la biocénose, cet entrelacs de fonctions vitales et d'institutions sociales, créa simultanément l'économie de marché, le marché de l'immobilier, le contrat de travail et l'individualisme. Revenir à la terre des créatures, la biocénose, c'est revenir au Statut avant le Contrat, aux fonctions vitales avant l'isolement de l'économique, avant les enclosures et l'invention des biens immobiliers.