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Himcospaz aux trois épices

Séminaire du 8 janvier 2013

J'essaie de matérialiser sur un exemple l'existence d'un système des épices et sa valeur opératoire. L'exemple choisi est un médicament commercialisé par Himalaya Drug Company sous le nom de Himcospaz (le suffixe connotant ses propriétés antispasmodiques), qui associe trois épices.

Chaque capsule de Himcospaz contient selon la notice:

Sati (rhizome Curcuma zedoaria) 25.5mg [la Zédoaire]
Sunthi (rhizome séché de Zingiber officinale) 24mg [le Gingembre]
Ajamoda (graine de Apium graveolens) 96mg [le Céleri]

La présence du céleri fait problème, car ce n'est pas une épice. Il est subrepticement substitué à une épice à la faveur d'une traduction du nom sanskrit Ajamoda. Le système des épices est construit sur des noms sanskrits, qui garantissent la stabilité du savoir traditionnel dans l'espace et dans le temps. Même quand les identités botaniques diffèrent d'une pharmacie ou d'une région de l'Inde à une autre (variabilité dans l'espace), ou d'une époque à une autre (variabilité dans le temps), cela ne modifie ni l'identité thérapeutique ni la structure du médicament. La logique, la structure, la pertinence de l'association entre śaṭī, śuṇṭhī et ajamodā sont entièrement déterminées et parfaitement éclairées par le système traditionnel de classification des substances aromatiques. Les propriétés et les indications thérapeutiques déterminantes, en partie communes aux trois composants, sont: «douleurs coliques» (śūla), «résolutif» (pācana), des Piquantes (kaṭuka), «guérit [les désordres de] flegme et vent» (kaphānilahara) et différentes espèces de spasmes, engorgements ou stases. Elles ont été repérées par la lecture des textes classiques, dépositaires d'une expérience thérapeutique accumulée au fil des siècles, et elles ont orienté le choix des ingrédients du Himcospaz.

Pour ajamodā chez Himalaya on utilise les graines de Céleri, Apium graveolens. C'est à mon avis une facilité que s'est donnée une firme industrielle pour des raisons économiques et qui repose sur une confusion botanique soigneusement entretenue. Le Céleri est traditionnellement confondu avec le Radhuni ou bien utilisé comme un substitut du Radhuni. Ce nom est une anglicisation du bengali ou du hindi randūni qui désigne une épice utilisée dans la cuisine au Bengale. Il s'agit des petits fruits séchés de Trachyspermum roxburghianum qui se confondent facilement avec les graines de Apium graveolens. Mais le céleri n'existait pas dans la matière médicale ayurvédique traditionnelle, contrairement à ce que prétend la fiche Ajamoda sur le site web de Himalaya. Ma thèse est que l'on ne peut rien comprendre à la logique, la structure, la pertinence du médicament si l'on s'en tient au fait qu'il contient du céleri. Au contraire, la logique, la structure, la pertinence de Himcospaz deviennent évidentes dès que l'on réintroduit ajamodā dans le système traditionnel des substances aromatiques. Car l'identité thérapeutique de ajamodā est parfaitement fixée dans les textes:

Guṇapāṭha [msc. pers. p. 119]

śūlaghno dīpyako rūkṣas satikta kaṭuko laghuḥ /

uṣṇaḥ kaphānilaharo dīpanaḥ kriminaśanaḥ //

«L'Ajamoda calme les douleurs coliques, astringent, Piquante et Amère à la fois, léger,
chaud, guérit flegme et vent, résolutif, vermifuge.»

Ce sont là différentes facettes d'une action antispasmodique et ces indications thérapeutiques, ici formulées en sanskrit, ont été transposées en anglais dans la notice du Himcospaz.